Angoulême: un repas chaud le midi pour les sans-abris

Angoulême: un repas chaud le midi pour les sans-abris
05/11/2013

Le 05 novembre à 06h00 par Céline AUCHER

L’association Angoulême Solidarité vient d’ouvrir, au Rond-Point, une cantine le midi pour les personnes les plus précaires. Avec notamment deux jeunes recrutés en emploi d’avenir.

Sur les tables, les serviettes sont pliées dans les verres, comme au resto. Mais dans les assiettes, ce sont les denrées de la Banque alimentaire qui sont désormais cuisinées et servies le midi au Rond-Point, rue Edouard-Escalier. Public visé: sans-abris, jeunes et personnes sans ressources, précaires. Un nouveau service ouvert hier, fruit du partenariat d’Angoulême Solidarité avec l’Afus 16 et L’Eclaircie, qui remplace, du lundi au vendredi, la collation proposée jusque-là par l’Eclaircie. Ou la débrouille.

"Dans la rue, on a plus souvent un repas par jour que deux, avoue Yoann, devant un artichaut vinaigrette. On fait avec l’aumône, les colis d’associations ou quelques heures de travail trouvées à droite ou à gauche." Vingt-quatre ans que Fred se débrouille avec sa tente et sa casserole dans le sac à dos. "Les villes où l’on peut manger à l’abri, au chaud et au sec, sont rares, dit celui qui préfère la campagne et évite les grandes villes. A Marseille, vous avez 100 personnes devant la porte. C’est la ruée, on se fait piétiner."

Vingt couverts maxi, deux services possibles, à condition de s’inscrire, via le 115, avant 10 heures le matin. "Avec la possibilité de manger dix jours ouvrables à la suite", précise Marion Legoupil, la nouvelle directrice du Rond-Point. Ils sont 16 convives ce premier midi. Qui dorment dehors, sont hébergés chez des amis ou à l’accueil de nuit.

"J’emménage dans mon premier appart jeudi, confie un jeune, 23 ans, qui vit dans la rue depuis ses 14 ans. Pour moi, c’est une page à tourner, une nouvelle vie qui peut commencer. Après, ce sera la recherche d’un travail." Comme son voisin de table, chef cuisinier en transit, qui attend de démarrer un contrat dans les Pyrénées. Accident de parcours. "Une étape de ma vie et c’est de moins en moins facile de trouver du travail saisonnier."

Quatre nouveaux emplois en six mois

Le merlu frit ne trouve pas preneur ? Ici, il est vite englouti par un autre convive. "C’est toujours ça de pris !", lance Fred. Ici, ce n’est pas le cuisinier qui choisit les produits. "On établit le menu avec ce qu’on reçoit de la Banque alimentaire deux fois par semaine. C’est un challenge de plus, comme d’apporter un peu de chaleur à ceux qui viennent", lance Patrick Djellata, le cuisinier recruté en mai dernier pour assurer les repas du soir au Rond-Point et qui vient de passer à temps plein.

Finis les plats juste réchauffés depuis la mise aux normes de la cuisine. "On fait tout sur place", se réjouit le cuistot, qui côtoie depuis hier deux jeunes en emploi d’avenir, pour l’aide à la préparation des repas et le service notamment. "Pour moi, il n’y a pas de différence avec un restaurant, je travaille de la même façon", dit Gwendoline Gourdon, qui a officié auparavant dans le restaurant de ses parents à Saint-Saturnin et à Courtepaille, à La Couronne.

Coût de fonctionnement: 54.000 €, dont une partie est prise en charge par l’Etat. Pour Angoulême Solidarité, cela fait quatre emplois supplémentaires en l’espace de six mois. L’augmentation de la capacité d’accueil de nuit a aussi permis d’embaucher un référent socio-éducatif (lire CL du 7 octobre). "Avec l’ouverture de la restauration du midi, c’est un vrai motif de fierté", avoue Jacques Sauquet, le président d’une association qui n’a plus qu’à trouver des nouveaux locaux pour délocaliser des bureaux de plus en plus à l’étroit.

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